Le langage des ados : vous n'avez pas besoin de le parler
« Vous n'avez pas besoin de parler leur langue. Vous avez besoin qu'ils acceptent de vous l'expliquer. »
[edit | edit source]Une bonne partie de mon travail consiste à lire des conversations d'adolescents. Des milliers de messages, parfois, sur un seul téléphone. Et il faut bien reconnaître que ce n'est pas toujours simple : des abréviations, des tournures bizarres, des emojis employés dans un sens que rien ne laisse deviner. Mon rôle est aussi de proposer un éclairage aux enquêteurs, sans lequel un échange peut être mal interprété.
Je vous rassure tout de suite : vous n'êtes pas les seuls à être perdus.
Un langage qui échappe aux adultes, et c'est normal
[edit | edit source]C'est une difficulté que beaucoup de parents rencontrent en ouvrant les conversations de leurs enfants. On lit, on comprend certains mots, mais le sens général nous échappe.
Il faut pourtant accepter qu'il y a là quelque chose de normal : ce langage est aussi leur jardin secret, une manière de se reconnaître entre eux et de s'aménager un espace qui ne soit pas immédiatement accessible aux adultes. Les générations précédentes avaient les leurs, sous d'autres formes.
Le meilleur glossaire, c'est votre ado
[edit | edit source]Le meilleur moyen de comprendre, c'est encore de demander. À votre propre adolescent, directement, sans en faire un interrogatoire.
Aucun glossaire trouvé en ligne ne vaudra cette conversation, pour une raison simple : un même mot, une même expression, un même emoji peuvent avoir plusieurs sens selon le groupe, le contexte, le ton, et parfois deux sens rigoureusement opposés.
Prenez quelques instants pour vous faire expliquer leurs expressions. Vous serez surpris de ce que ça ouvre comme discussion.
La seconde raison, moins agréable, de s'y intéresser
[edit | edit source]Ces univers et ces codes, les prédateurs les maîtrisent parfaitement. Ils s'y fondent avec aisance, adoptent le registre, le rythme, les références, et donnent l'impression d'être des leurs.
D'où la règle à rappeler à vos enfants, aussi simple qu'essentielle : une personne qu'on n'a jamais rencontrée peut n'avoir aucun rapport avec ce qu'elle prétend être. Ni l'âge, ni le prénom, ni le visage, ni les intentions.
La même règle que dans la rue
[edit | edit source]Dans la rue, votre adolescent n'irait jamais discuter avec un inconnu qui l'aborderait, encore moins le suivre quelque part. Il le sait, vous le lui avez appris très tôt, et ça fonctionne.
Alors posez-lui la question autrement : pourquoi est-ce que ça deviendrait acceptable derrière un écran ? La règle est rigoureusement la même, seul le décor a changé.
Où trouver de l'aide
[edit | edit source]- 3018 — Association e-Enfance : gratuit, anonyme, 7j/7 de 9h à 23h.
- PHAROS — le signalement du ministère de l'Intérieur : internet-signalement.gouv.fr.
- Le dépôt de plainte au commissariat ou en gendarmerie.
- Au Havre : AVRE (Aide aux victimes d'infractions pénales) et la Maison de l'Adolescent.
Vous n'avez pas besoin de parler leur langue. Vous avez besoin qu'ils acceptent de vous l'expliquer.